Centre culturel Jean-Marie Tjibaou
Le Centre culturel Tjibaou voit le jour le 04 mai 1998 à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Entièrement dédié à la
culture kanak, il propose des spectacles, des expositions ainsi qu’une vaste richesse documentaire.
Hommage à Jean-Marie Tjibaou
Le centre porte le nom de l’un de ses instigateurs, Jean-Marie Tjibaou, l’homme de l’indépendance du peuple originel de Nouvelle-Calédonie :
le peuple kanak. Ce prêtre, devenu homme politique et leader charismatique du Front indépendantiste à l’Assemblée Territoriale, fut assassiné le 04 mai 1989 par un indépendantiste contestant les
accords de Matignon. Suite à ces accords,
signés avec l’arbitrage de l’Etat français en 1988, les deux parties en conflit, le FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak
et Socialiste) et le RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République ) donnent leur aval à la création du site sur un terrain nommé Magenta.
Le
symbole kanak
Un symbole phare de la lutte kanake puisque le centre se dresse sur la péninsule de Tina où fut organisé, en 1975, le festival Melanesia 2000 qui
avait pour but de valoriser ces cultures et rappeler le combat pour la survie du peuple mélanésien. Cette manifestation fut préparée par Jean-Marie Tjibaou qui chercha ainsi à recréer un lien
culturel entre les multiples identités ethniques de la région. Le site de Tina se veut également un lieu prestigieux, érigé au sein d’un cadre luxuriant, entouré sur trois côtés par la baie et le
lagon et bordé par la forêt.L’édification du centre Tjibaou est donc à la fois un hommage à une culture, à son défenseur et à des modes de luttes spécifiques au peuple kanak. Le choix même du nom
donné au centre a une force symbolique importante puisque, c’est seulement lorsqu’un jeune enfant a reçu son nom par ses oncles au moment du baptême, qu’il est reconnu par la tribu. C’est,
d’autre part, une manière d’inciter les Kanak à considérer que ce centre, qui porte le nom d’un de leur leader fait parti de sa tribu et, à travers elle, de toute la communauté kanak.
Sauvegarder le patrimoine culturel
kanak
Il était donc naturel, avec une telle charge symbolique, que le centre culturel Tjibaou ait pour mission de sauvegarder le patrimoine
archéologique et linguistique de son peuple, tout en encourageant sa créativité contemporaine. Il incarne l’avenir du peuple de Kanaky. L’existence de ce lieu a été rendue possible grâce à la
détermination des membres de l’Agence de Développement de la Culture Kanak (A.D.C.K) chargée, depuis 1988, de promouvoir les échanges culturels
et de conduire les programmes de recherches pour toutes les cultures Mélanésiennes et Océaniennes. Ainsi, fort d’un édifice public internationalement reconnu, et ce, malgré une histoire
douloureusement vécue face à l’entreprise d’acculturation menée pendant les 150 ans de présence française, le monde kanak peut entretenir sa mémoire et oriente sa culture vers la création, entre
Tradition et Modernité. Aujourd’hui, Marie-Claude Tjibaou, épouse du leader défunt, assure la présidence du conseil d’administration de l’Agence de Développement de la Culture Kanak en même temps
que celle du centre Tjibaou qui, sur décision du Conseil municipal de Nouméa, est devenu la propriété de l’agence depuis 1992. A la suite de cette décision, les premiers appels d’offre pour la
création du centre ont été lancés le 31 août 1994 et, une année plus tard, l’initiative des travaux revenait à l’entreprise Glauser International. La consultation sur le mobilier, la muséographie
et le choix des films ont abouti quelques années plus tard, en 1996.
Un espace naturel :
Dans le monde mélanésien, la Terre n’appartient pas à l’Homme puisqu’elle est la source de sa propre vie. Chaque élément de la nature, les végétaux, les arbres ou les animaux recouvrent une
force symbolique qui évoque le lien indéfectible entre la survie de l’homme et la nature qui le nourrie. Dans le village traditionnel kanak, le bâti, représenté par la Grande Case , est symbole
du clan.
Le symbole de la case kanak :
C’est une construction de forme conique, très haute, posée sur un tertre et soutenue par un grand poteau central, issu du fut d’un grand arbre.
L’arrière de la grande case symbolise le monde énigmatique de l’invisible, des ancêtres et de leurs pouvoirs. Une large allée bordée de pins colonnaires et de cocotiers, à la fois zone de
déambulation, de discussion, d’échange traverse le village.
Entre traditions et
modernité :
La structure du monument calédonien, résolument moderne, respecte l’équilibre écologique de ce site de huit hectares situé à l’Est de Nouméa et s’adapte à la représentation de la nature du
peuple kanak. Dans un souci de fusion avec le paysage, le monument s’inspire symboliquement l’habitat kanak traditionnel et respecte la topographie de l’île. Les Mélanésiens doivent ce chef
d’œuvre d’art moderne au célèbre architecte italien, Renzo Piano,
créateur, entres autres, du Centre Pompidou de Paris. Vers la mer, se dressent dix hautes structures réparties en trois groupes, identiques aux
cases usuelles et composées de bois et de métal, matériaux convoquant l’alliance de la tradition et du progrès. Renzo Piano a effacé la distinction entre mur et toiture en créant des cases
verticales et courbes qui rappellent les hauts pins colonnaires typiques de l’île. Elles ne convergent donc pas vers un sommet commun et laissent une grande place à la luminosité. Plusieurs
pavillons bas font face à ces cases et une allée centrale les sépare. Toutes les pièces en bois utilisées pour les cases et les pavillons bas sont en iroko, un bois jaune-brun importé du Ghana,
relativement dur et résistant à l’humidité. Des lames, sculptées dans le même bois et regroupées en grands panneaux, composent la coque externe et interne de ces cases. Les lames externes ont un
rôle de brise-soleil et les lames internes permettent de ventiler l’intérieure des cases selon la force des vents, qu’il s’agisse d’une brise ou d’un puissant cyclone. Là encore, la nature
compose avec la culture puisque la plantation de végétaux symbolise les évènements importants dans la vie coutumière et domestique des clans kanak. Bordé d’un jardin tropical, cet édifice public
sait rester discret tout en révélant deux notions centrales de la culture mélanésiennes, le culte de l’éphémère et de la légèreté.
Diffuser
la culture des anciens:
Les cases sont amplement ouvertes et chacune d’entres elles accueillent le visiteur en son sein avec des totems appartenant à différentes tribus. Lors de l’inauguration, les papous de
Nouvelle-Irlande ont ainsi fait don de leur totem traditionnel, symbole de la reconnaissance des différentes cultures.
Un centre, trois villages :
Les personnes responsables de l’espace veillent donc à la complémentarité des cultures. Le Centre Tjibaou est réparti en trois villages, divisés en plusieurs cases qui exposent la richesse
culturelle de ces peuples.Le premier village, très pédagogique, révèle les traditions, les différences, la modernité de ces cultures. La Case Kanaké (le « village Kanak ») propose des
projections vidéo sur écran géant ainsi qu’une exposition permanente d’œuvres d’arts océaniens. Une salle de spectacle souterraine de 400 places accueille les animations tandis que deux scènes
ouvertes d’une capacité de 1000 et 2000 places reçoivent les spectacles qui nécessitent beaucoup d’espace.Il revient au Département culturel et artistique d’assurer la promotion de toutes les
manifestations issues du monde kanak et océanien tout en valorisant la constitution d’un patrimoine commun. Ces spectacles de théâtre ou de musique varient aussi de manière régulière en
présentant des œuvres originales traditionnelles et innovantes.Le second village abrite la médiathèque qui permet le travail de mémoire en mettant à disposition un important fond audiovisuel et
livresque 600 livres, 100 périodiques, 400 cassettes audio, 300 CD, 205 films et 50 000 documents iconographiques-. Le dernier village abrite un service d’animation qui permet au public, et en
particulier aux jeunes, de participer à des loisirs culturels de découverte.Des classes entières peuvent aussi résider sur place pendant plusieurs jours puisque le Centre met des logements à leur
disposition. Cette initiative permet de faire le tour complet du centre en évitant un survol superficiel. Dès le plus jeune âge, les enfants sont ainsi initiés à tout un environnement culturel et
aux éléments de la nature desquels beaucoup d’entre eux se trouvent coupés, dès lors qu’ils quittent leur tribu pour venir étudier ou travailler à Nouméa.
Une émission radio :
Deux médias crées par le centre relaient ce travail de promotion. L’émission de radio " Ruo ", qui signifie " l’Echo ", diffuse, une fois par mois, l’actualité culturelle du
centre kanak en partenariat avec Radio Djiido. De cette manière, la coutume évolue en mêlant les représentations contemporaines à ses aspects anciens et fournit des pistes de réflexion sur la
société kanake. Cette mission incombe également aux cinq émissions annuelles qui invitent des intervenants extérieurs à porter un regard croisé sur des questions de société.
Le relais médiatique :
Le centre Tjibaou et l’Agence de développement de la culture kanake publient la revue Mwà Véé. Ecrite en langue française, elle paraît tous les trimestres depuis 1993 et informe les
lecteurs de l’actualité artistique, de la dimension traditionnelle comme des problèmes contemporains de la Société. Afin de laisser une place à l’expression de la nouvelle génération, la revue
diffuse également des poèmes, des nouvelles, des témoignages ou des documentaires sur la culture traditionnelle vue par les enfants. Dans ce contexte, l’invité peut également participer au
spectacle du Chemin Kanak qui s’inspire du mythe de la création du premier homme - Téâ kanaké -. Né à partir d’une dent de la lune, mort puis ressuscité au travers d’une pierre percée, Téâ kanaké
incarne le héraut fondateur de la société kanake. Au fil d’une promenade en cinq étapes au travers du jardin tropical, le visiteur s’initie au langage des plantes et à la symbolique végétale du
pays. Au terme de ce voyage initiatique, le promeneur arrive sur l’aire coutumière sur laquelle les trois provinces, celle du Nord, du Sud et les Iles Loyautés y ont dressé une case
caractéristique de leur région. Ainsi, grâce au Centre culturel Tjibaou, le partage des cultures et l’ouverture au monde se marient sans heurts
aux traditions séculaires. Le monde kanak s’épanouie et conserve sa mémoire dans un souci de modernisme et d’ouverture.