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En nouvelle Calédonie, toute la vie du clan est réglée par la culture de l’igname. Le temps social s’écoule parallèlement au cycle du tubercule qui détermine la date des grands événements : le sacre du chef, la naissance, le mariage, le deuil, les alliances … En juin/juillet, quand le « wâbwa » et le niaouli sont en fleurs, les hommes défrichent, désherbent, brûlent et préparent le billon qui recevra la semence. En août, quand les petites branches du gaïac sèchent et deviennent cassantes, quand l’érythrine perd ses feuilles et que lilas et manguier sont en fleurs dans la chaîne, le tubercule est planté. Alors que les crevettes d’eau douce se rassemblent près du bord, sous les rochers, pour frayer, le martin-pêcheur quitte le bord de mer pour la chaîne et par son chant  fait sortir l’igname. Septembre voit sortir de terre la fleur d’igname en même temps que les nouvelles feuilles du « wâbwa ». Le notou se moque du cultivateur qui est encore en train de planter. En octobre, les roussettes ont leurs petits sous leurs ailes, l’érythrine est en fleurs, les crevettes de rivière se dispersent, le martin pêcheur retourne au bord de mer et la tige sèche de roseau destinée à guider l’igname sur son tuteur est fichée en terre. Le tubercule de l’année se forme.
Novembre et décembre voient grossir le tubercule quand le banian jaunit, que les gommiers sont en fleurs, que l’on plante les bananiers et que les roussettes lâchent leurs petits. De décembre à février on ne donne que peu de soins à l’igname de peur de troubler sa croissance. Les travaux sont effectués avant 09h00 et après 16h00 car il est dit que l’odeur de la sueur dégagée aux heures chaudes indispose l’igname qui risque de faner. En janvier, le vent d’ouest, qui amène une soudaine chaleur, menace de dessécher la partie aérienne de l’igname. Les corbeaux endémiques font leurs nids dans les bois pourris. En février, les ignames de prémices fanent et la chasse aux notous commence. Mars voit la récolte des ignames de prémices en même temps que le goyavier, l’oranger et le mandarinier donnent leurs fruits. En avril, mai et juin, c’est la récolte de l’igname, si la liane sèche avant la feuille, la récolte sera bonne. Dans la chaîne, les roussettes sont grasses, les jeunes cerfs ont des cornes molles. Dans le lagon le dawa est gras comme les tortues et les becs de cane, c’est l’époque des pleines marées basses. Ainsi va le cycle de l’igname en pays kanak et nous avons eu la chance d’en vivre un épisode fort. Avec l’igname nouvelle, les clans de la tribu communient en se partageant le premier tubercule cuit pour tous et distribué à tous. C’est également l’occasion d’une fête où l’on mange les mets traditionnels : roussette, notou, taro ...

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